Jusqu’au bout du monde


UN ESPOIR VIRULENT
 
J’ai attrapé la poésie.
Je crois que j’ai serré la main à une phrase qui s’éloignait déjà ou à une inconnue qui avait une étoile dans la poche.
J’ai dû embrasser les lèvres d’un hasard qui ne s’était jamais retourné vers moi. 
J’ai attrapé la poésie, cet espoir virulent.
 
Voilà un moment que ce clair symptôme de jeter les instants devant soi était devenu une chanson. 
Ne plus être confiné dans un langage étudié, s’emparer du mot libre, exister, résister et prendre garde à ceux qui parlent d’un pays mort alors que ce pays aujourd’hui nous regarde.
 
A présent, on m’interroge, c’était écrit :« Votre langue maternelle ? » Le souffle. « Votre permis de séjour ? » La parole. « Vous avez chopé ça où ? » Derrière votre miroir. « C’est quoi alors votre dessein, étranger ? » Que les mots soient au monde, même quand le monde se tait.
 
J’ai attrapé la poésie. Avec, sous les doigts, une légère fièvre, je crève d’envie de vous la refiler, comme ça, du bout des lèvres.
 
 Carl Norac, Poète national belge 2020-2021, La Libre Belgique, 17 mars

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